Les Jeunes Agriculteurs (JA) vont créer leur réseau de magasins et court-circuiter la grande distribution

Les Jeunes Agriculteurs pourraient bien révolutionner le secteur de la distribution alimentaire en France en créant leur propre réseau de magasins. Quand on connait la créativité et l’énergie qui animent cette organisation syndicale des Jeunes Agriculteurs sur tout le territoire, on se dit qu’ils seraient bien capables de créer un des plus innovants réseaux de magasins alimentaires en France s’ils parviennent à apporter une excellente réponse aux attentes du consommateur, qui n’attend que ça : solution de courses de « proximité » (circuit-court), « connectée » (web, réseaux sociaux), « rapide » (drive), « sociale » (humain & équitable) et « durable » (agriculture raisonnée ou bio, éco-emballages).

En effet, cette année les Jeunes agriculteurs (JA) sont sur tous les fronts pour tenter de sauver leurs exploitations agricoles et offrir de vraies perspectives aux jeunes générations qui veulent pouvoir continuer à vivre de leur métier, de leur passion.

Groupe Jeunes agriculteurs

En février, ils lancent la campagne #viandedenullepart pour sensibiliser les consommateurs, les distributeurs et les industriels sur la nécessité de rendre obligatoire l’étiquetage du pays d’origine des viandes (jambons, lardons, saucisses) dont les pratiques d’emballages sont opaques, voire trompeuses. Cette semaine, ils lancent #laitdenullepart pour clarifier l’origine du lait contenu dans les produits laitiers bruts et transformés (yaourts, fromages) … et d’autres projets de ce genre sont dans les tuyaux.

 

viandedenullepart laitdenullepart

 

Pendant tout l’été, la mobilisation des Jeunes Agriculteurs, aux côtés de la FNSEA, a été sans relâche pour tenter de sauver les filières d’élevages au bord de la faillite. Ils réclament « plus de prix » en demandant aux intermédiaires (industriels et distributeurs) de partager leurs marges [rêve n° 1] et aux législateurs (Etat Français, Union Européenne) de réguler les cours des denrées agricoles [rêve n°2]. Ils réclament aussi « moins de charges » [rêve n° 3] et « moins de normes » [rêve n° 4] pour pouvoir lutter à jeu égal contre une concurrence étrangère qui appauvrit l’agriculture Française.

Alors comme ces agriculteurs sont jeunes mais pas idiots, ils ont très vite compris que ces rêves n’étaient sans doute que des illusions, au moins en ce qui concerne la fixation des prix.

Alors comment prendre la main sur la fixation des prix ? Il n’y a pas 36 solutions : maîtriser toute la chaîne de la valeur alimentaire (production – transformation – distribution). Mettre en place les organisations adhoc et acquérir les compétences pour le faire soi-même. Ca tombe bien, le consommateur est clairement en attente de vente directe et de circuit-court : 86% aimeraient avoir la possibilité de faire leurs courses dans un magasin de producteurs ou un magasin agricole, en circuit-court (voir sondage Retail&Detail 2015). De même, 84% des Français pensent que les producteurs devraient vendre sur internet (voir baromètre Fodali 2015).

C’est décidé ! Les Jeunes agriculteurs (JA) prévoient donc de proposer en 2017 leur propre réseau de magasins afin de contrer un système commercial qui les étrangle.

Ils sont excédés par la dureté des relations commerciales imposées par les 5 centrale d’achats surpuissantes de la grande distribution qui vont sans doute se marrer d’apprendre que des agriculteurs veulent se mettre à faire leur métier et chatouiller les parts de marchés de leurs magasins et de leurs « drive ».

Que représentent en effet les 150 « drive-fermiers »  existant en 2015 comparés aux 2600 « drive » de grande distribution (1) ? Une poussière. Mais si on s’amuse à projeter la courbe d’ouverture des drive-fermiers sur celle des  « drive »  qui ont en moyenne doublé chaque année depuis 2006, il pourrait y avoir plus de 2000 drive-fermiers en 2020 si les agriculteurs pratiquant la vente directe s’approprient la vente sur internet. Une poussière vous dites ? Ou une épine dans le pied ?

 

Evolution du nombre de drive en France et prévisions d'ouvertures de drive-fermiers.

Evolution du nombre de drive d’enseignes de grande distribution en France et prévisions d’ouvertures de drive-fermiers à horizon 2020

 

De même, les 250 points de ventes collectifs de producteurs pourraient être plusieurs milliers en 2020 si le monde agricole prend conscience des gisements de valeur ajoutée liés à la coopération, la mutualisation, la valorisation collective et la complémentarité des productions réalisées sur leurs exploitations.

« Nous poursuivons sans relâche notre réflexion sur la distribution des produits agricoles. Une distribution qui puisse comprendre toute la gamme de nos produits et qui soit pilotée collectivement par la profession agricole », a déclaré Thomas Diemer (2), président des Jeunes agriculteurs.

Légende : Thomas Diemer, président des Jeunes agriculteurs. | Ouest-France

Thomas Diemer, président des Jeunes agriculteurs, annonce la création d’un réseau de points de vente | Ouest-France

 

Les JA travailleront avec le réseau des chambres d’agriculture et avec Coop de France, bras logistique et financier de la démarche. Le projet pourrait être présenté début 2017 lors du Salon de l’agriculture, à Paris. Il bénéficie déjà du soutien financier du Compte d’affectation spéciale développement agricole et rural (Casdar). À l’exemple du groupe de coopératives « In Vivo » qui a créé l’enseigne « Frais d’ici », des magasins devraient ouvrir sur le territoire. « Il convient de structurer, de massifier, de regrouper l’offre et de la fédérer sous une bannière commune », a déclaré Thomas Diemer.

Ces points de vente pourraient voir le jour, dans un premier temps, dans les régions Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes-Auvergne, où des études de marché sur le potentiel de consommation ont été lancées par les chambres d’agriculture.

Les JA entendent « ramener de la valeur ajoutée sur les exploitations, ce qui est très compliqué vu le rapport de force avec la grande distribution. Si on prend des volumes et des parts de marché, on sera en mesure de faire pression : attention, si vous ne jouez pas le jeu, on est capable de passer par un autre circuit de commercialisation », explique Thomas Diemer.

L’initiative des JA leur permettra aussi de « renouer le lien avec le consommateur, pour combattre les idées fausses véhiculées sur notre métier. »

 

Sources (1) : 15 ans de Click&Drive en France (données Bonial –Nielsen)

Sources (2) : Déclarations de Thomas Diemer publiées par Ouest-France 

 

Voir aussi : Carte de tous les drive-fermiers en France ? Créer un drive de producteurs ?  Questions à se poser avant d’ouvrir un drive de produits fermiers ? | Conditions de succès ? Comportements et attentes du « consommateur connecté » ?

Eric Lesage, travailleur indépendant en expérimentation sur les échanges entre producteurs locaux et consommateurs sur internet. Expert web & e-commerce depuis 2001, animateur d'un drive de produits fermiers dans le Nord (59) et créateur de la plateforme collaborative drive-fermiers.fr au service des consommateurs et au service de la réussite des projets internet des producteurs locaux.

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