La fraise: que cache le fruit préféré des Français ?

La fraise est le fruit préféré des Français : 67,3 % des Français la citent comme leur fruit préféré (devant la cerise), mais 58 % se trompent sur sa pleine saison, selon un sondage réalisé pour le magazine LSA. Mais la fraise est aussi l’un des fruits réputé le plus traité, car l’agriculture intensive doit répondre aux volumes considérables et aux prix bas négociés par la grande distribution qui représente à elle seule plus de 60% des ventes. Toutefois, il semblerait que dans les fermes Françaises, des irréductibles agriculteurs Gaulois ont choisi une autre voie et continuent à cultiver la fraise selon des méthodes traditionnelles, à petite échelle et sans poudre de Perlinpinpin. Magie ? Rumeur ? Sorcellerie ? Nous sommes allés à leur rencontre pour voir et tenter de comprendre.

La fraise étant un fruit cumulant beaucoup d’idées reçues, commençons d’abord par y voir clair :

Idées reçue n° 1 : la fraise est un fruit.La fraise multitude de fruits

Ce n’est pas tout à fait exact. C’est plutôt un support à fruits. Une fraise est en réalité une multitude de fruits. Au sens botanique, les fruits sont en fait les akènes, ces petits grains secs disposés régulièrement dans des alvéoles plus ou moins profondes sur la fraise. Cette information ne devrait pas vous empêcher de dormir, même si elle pourra tout de même vous donner le doux sentiment de vous coucher encore un peu plus instruit ce soir. Et combien de collègues de bureau allez-vous pouvoir piéger avec cette question ? Peut-être autant qu’il y a de fruits sur une fraise ! ;o)

 

Idée reçue n° 2 : la fraise est principalement cultivée dans les champs.

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Fraises cultivées en plein champ

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Fraises cultivées hors-sol

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Fraises cultivées en container urbain

Non, la majorité des fraises sont cultivées « hors-sol ». C’est quoi une culture hors-sol ? Les fraisiers sont plantés dans des bacs suspendus à 1m50 du sol environ, avec un système d’irrigation automatique. Cette technique, moins traditionnelle que la culture en pleine terre, s’est généralisée pour 3 raisons. Elle facilite la mise en place de la culture : des fraisiers à poser en gouttières plutôt qu’à planter en terre. Elle accélère un peu la précocité et la vitesse de production : la température du plant en suspension dans la serre est plus élevée que dans le sol. La fraise pousse plus vite. Enfin, elle améliore le confort & la productivité de la cueillette : travail plus confortable (à hauteur de main plutôt que par terre) et moins consommateur de main d’oeuvre parce qu’elle va plus vite. Une autre technique de culture hors sol, mise au point par la société Agricool, est en train de naître en milieu urbain : la culture en conteneurs, en lumière artificielle (LED), sans terre (solution liquide nutritive), température et hygrométrie pilotée électroniquement. L’agriculture urbaine est en marche. La culture en pleine terre (appelée aussi culture en plein champ) est toutefois encore largement pratiquée par les exploitations agricoles qui cultivent la fraise à petite échelle (quelques tunnels) et qui vendent leur production prioritairement en vente directe, sur les marchés et en circuits courts.

Idée reçue n° 3 : toutes les fraises qui ne sont pas Bio sont forcément bourrées de pesticides et d’insecticides.

La fraise ayant la réputation d’être l’un des fruits les plus traités, le consommateur aura tendance à se tourner vers les fraises Bio (Françaises ou étrangères). Mais toutes les fraises qui ne sont pas labellisées Bio sont-elles forcément traitées ? Est-il encore possible, de nos jours, de cultiver des fraises qui ne soient pas pulvérisées de produits phyto-sanitaires sur les feuilles, sur les fleurs ou encore pire sur les fruits ? Je suis allé rencontrer Cédric Duthoit, un maraîcher dont la réputation est excellente sur son territoire (Nomain – 59) et qui cultive des fraises dans une démarche agro-écologique. Côté débouché, il fournit ses clients fidèles et ça lui suffit. Produire plus et embaucher, c’est pas son truc à Cédric. Sa ferme de polyculture (céréales, tomates, courgettes, fraises, …) est située dans une voie sans issue d’un coin paumé. Autant vous dire que comme il a choisi de ne vendre qu’en direct ou du circuit-court, il doit compter sur autre chose qu’une « route passante ». Ses clients font parfois des dizaines de kilomètres pour venir acheter ses fraises. Il nous livre les quelques règles élémentaires qu’il tient à respecter pour produire des fraises d’excellente qualité, en logique agro-écologique. Cela fait plusieurs saisons consécutives qu’il n’a pas dû avoir recours une seule fois aux pesticides ou aux insecticides. Il est conscient que cela pourrait malgré tout lui arriver un jour, s’il manque de vigilance et si le mal devait se propager dans ses serres sans qu’il ne puisse rien faire d’autre.

20160418_121654Règle n° 1 : la présence de tous les instants pour détecter le départ d’une maladie ou d’une colonie d’insectes et pouvoir le neutraliser naturellement. C’est évidemment plus facile quand vous n’avez qu’une petite parcelle de fraises et que vous pouvez y consacrer le temps nécessaire. Chaque jour il m’est nécessaire de parcourir et d’inspecter chaque tunnel, chaque rang pour détecter le moindre problème. C’est comme un départ d’incendie. S’il est pris à temps ou trop tard, ça change tout. Je m’intéresse aussi de près aux technologies appliquées à l’agriculture. Avec des capteurs ou un drone, je détecterai encore plus tôt que maintenant le moindre problème ou le moindre besoin de la plante et agir mieux et plus vite. Le « traitement numérique » (big data – smartfarming) plutôt que le « traitement chimique » ? Cela pourrait bien être l’agriculture de demain.

Règle n° 2 : la rotation des cultures. Chaque année je change de parcelle pour cultiver mes fraises. La racine du fraisier met 5 ans pour se décomposer et il faut laisser le temps à la terre de retrouver la fertilité la plus propice à une nouvelle culture des fraises. J’attends donc 7 ans pour remettre des fraises sur une parcelle où il en a déjà cultivé. Je pratique la rotation avec d’autres cultures pour ne pas épuiser ma terre, dont j’ai conscience qu’elle est mon premier capital.

20160418_115720 Règle n° 3 : leur donner de la place. Quand certains essayent de produire le maximum de fraises possible par la surface de la serre , je cherche surtout à laisser l’espace suffisant à la plante pour se développer, limiter celui du développement des maladies et travailler confortablement dans mes serres.

20160418_115836Règle n° 4 : utiliser plusieurs types de tunnels. L’ami et l’ennemi de la fraise : c’est la chaleur. Il en faut pour quelle pousse et qu’elle mûrisse mais la chaleur excessive nuit à la qualité. Il faut donc cueillir le matin avant que les fraises mûres ne prennent un « coup de chaud ». Sinon, elles deviennent vite molles et se conservent très mal. C’est la raison pour laquelle, je cultive aussi sous de petits tunnels très faciles à ventiler. En étant tout seul sur l’exploitation, je peux cueillir l’après-midi sans que les fraises n’aient soufferts de la chaleur.

20160418_121303– Règle n° 5 : diversifier les variétés. Depuis plusieurs années, je cultive plusieurs variétés qui produisent d’excellents résultats dans notre région. En fraises de pleine saison, c’est la « Darselect » et la « Dream » dont je suis très satisfait. En fraises tardives (fraisier remontant), c’est la « Cijosée » qui me permet d’avoir une petite production étalée entre la mi-juin et la mi-octobre quand la météo dans le Nord est propice.

20160418_115624– Règle n° 6 : travailler avec son chien. Ça ne fait pas pousser mes fraises plus vite, ça ne les rend à priori pas meilleures non plus. Mais moi, ça me plait. J’adore travailler avec mon chien Laïka, même s’il me fait perdre un peu de temps parfois. Et allez savoir ? C’est peut-être ce plaisir que je prends à cultiver mes fraises avec mon chien qui les rendent si bonnes ;o) Tout simplement. 

Articles connexes de notre blog :  L’endive: quelle différence entre celle de la ferme et du supermarché ? – Calendrier des fruits et légumes de saison ? – Les défis de l’agriculture numérique et de l’alimentation connectée ?

Eric Lesage, travailleur indépendant en expérimentation sur les échanges entre producteurs locaux et consommateurs sur internet. Expert web & e-commerce depuis 2001, animateur d'un drive de produits fermiers dans le Nord (59) et créateur de la plateforme collaborative drive-fermiers.fr au service des consommateurs et au service de la réussite des projets internet des producteurs locaux.

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