Dans le Nord (59), des agriculteurs court-circuitent la grande distribution – Panier vert, Drive fermier, Talents de fermes à Wambrechies

Distribution alimentaire en vente directe et en circuits courts : le département du Nord (59) n’en finit pas d’innover.

Magasin de producteur, point de vente collectif, supermarché du circuit-court, « drive fermier © ». Historique des innovations dans le domaine des circuits de distribution alternatifs ayant vu le jour dans la Métropole Lilloise (59), très en pointe dans ce domaine avec les villes de Toulouse et de Strasbourg.

1986 : un des premiers « point de vente collectif » de producteurs en France : le Panier Vert

Le "Panier vert", un collectif de producteurs du Nord, pionnier de la création d'un point de vente collectif en 1986.

Le « Panier vert », un collectif de producteurs du Nord, pionnier de la création d’un point de vente collectif en 1986.

En 1986 déjà, un groupe de 10 producteurs se réunit en « coopérative » pour commercialiser ensemble leurs légumes, volailles et produits laitiers. Ils créent alors l’un des premiers points de vente collectifs de producteurs en France : le « Panier vert » à Frelinghien en périphérie de Lille. 30 ans après, plus de 250 groupes de producteurs se sont inspirés de leur idée visionnaire et ont créé leur point de vente collectif, en alternative à la grande distribution, très puissante dans le Nord. Après 20 ans de succès progressif, c’est l’ouverture du nouveau point de vente. Tout au long de son parcours, la coopérative accueille de nouveaux adhérents pour élargir sa gamme et satisfaire les attentes des consommateurs. Elle investira en 2011 dans des ateliers de transformation, de découpe, de stockage (+ 400 m²) et dans un parking pour améliorer les conditions de travail et de l’accueil des clients.

2006 : le 1er « supermarché du circuit-court » pensé comme un concept-store à la « IKEA » : La Ferme du Sart, rebaptisé O’tera suite à la colère des agriculteurs.

A la ferme du Sart et d'Avelin suscite la colère des agriculteurs pour usurpation du mot "ferme"

A la ferme du Sart et d’Avelin suscite la colère des agriculteurs pour usurpation du mot « ferme »

En 2006, c’est un nouveau concept de supermarché du circuit court qui voit le jour à Villeneuve d’Ascq (59), créé par le Mathieu Leclercq, le fils du fondateur de Décathlon. Revenu des Etats-Unis après une tentative d’implantation de l’enseigne Décathlon aux US, il met au point progressivement le concept de « La Ferme du Sart », puis ouvre un 2ème magasin à Avelin, avant de subir les foudres des agriculteurs du coin qui refusent qu’une enseigne de grande distribution puisse tromper le consommateur en utilisant abusivement le mot « ferme ». L’enseigne sera alors rebaptisée O’tera, ce qui n’arrêtera pas son appétit de conquête et son ambition d’ouvrir des centaines de magasins dans les années futures.

2013 : un des premiers « drive de produits fermiers » en France : la Ruche-drive de Roubaix et ses 30 producteurs

Ouverture du drive (sept 2013)

Ouverture de la Ruche-drive à Roubaix en sept 2013 où 30 producteurs proposent une offre large et 100% locale.

En 2013, c’est l’ouverture de l’un des 1er DRIVE de produits FERMIERS en France, à Roubaix face au parc Barbieux. Une équipe d’une trentaine de producteurs locaux font le pari qu’internet leur permettra de valoriser leurs productions en direct et recréer des liens entre les consommateurs et les producteurs. Cette expérimentation s’appuie sur de nouvelles logiques de coopérations et de mutualisations entre agriculteurs et sur un modèle d’organisation qui vise à rendre l’expérience client de courses « rapide & conviviale » par la rencontre avec les producteurs lors du retrait de la commande. Avec une offre bio et conventionnelle 100% locale et plus de 500 produits (fruits, légumes, viandes, produits laitiers et même du poisson en direct des petits pêcheurs du port de pêche de Boulogne), la Ruche-drive de Roubaix constitue une vraie alternative de courses alimentaire à Chronodrive ou O’Tera. Voir la carte de tous les drive-fermiers en France.

2014 : ouverture d’un point de vente collectif d’agriculteurs qui devient le symbole de la révolte agricole contre la grande distribution : Talents de Fermes

Talents de ferme

Des clients sont servis dans le magasin de producteurs « Talents de fermes » le 13 août 2015 à Wambrechies, dans le Nord © AFP PHILIPPE HUGUEN

Wambrechies (France) (AFP) – « On marche très bien sans elle! ». Elle, c’est la grande distribution que plusieurs producteurs du Nord ont décidé de court-circuiter en ouvrant dans l’agglomération lilloise un magasin, « Talents de fermes », dont le succès populaire a permis près de 30 créations d’emplois.

Dès l’entrée du hangar de 300 m2 situé à Wambrechies, le consommateur tombe nez-à-nez avec une immense photo de groupe des 13 exploitants à l’origine du projet, dont le leitmotiv est de vendre des produits de qualité, frais et surtout de saison.

« L’idée est surtout de nous rapprocher des consommateurs, confie Emmanuelle Lambin, productrice de fruits, en nous rendant indépendants le plus possible ».

Alors que le monde agricole traverse une énième crise en raison des prix exigés par les distributeurs jugés trop bas, certains producteurs voient leur salut dans les circuits courts, à l’instar de « Talents de fermes » qui fête le 19 août son premier anniversaire.

« On a laissé tomber la grande distribution car ils imposent leurs prix, leur qualité et le calibre des produits. Nous n’avons pas peur de vendre des produits moches à partir du moment où ils sont bons et de saison! », argue Isabelle Ruhant, maraîchère de légumes bio.

Ainsi, à la mi-août, plus question de trouver des cerises sur les étals mais plutôt des pommes, tomates ou courgettes du coin.

Pour elle et ses compères, la consommation doit constituer un acte citoyen où l’acheteur doit se transformer en « consom’acteur », animé aussi par la lutte contre le gaspillage alimentaire, qui s’effectue « à titre individuel mais surtout au niveau de la grande distribution ».

« Les distributeurs me demandaient de produire, mais sans réfléchir. Aujourd’hui, je peux prévoir mes stocks et je ne jette plus de légumes, alors qu’en 2014, quand j’étais en contrat avec eux, j’ai dû jeter plus de 12 tonnes de carottes », raconte Georges Eric Vermon, maraîcher de 33 ans de la commune voisine de Marcq-en-Baroeul.

Sur les étals ne se trouvent que des produits locaux issus de l’une des 13 exploitations dont la plus lointaine, celle d’un éleveur de « porcs élevés sur paille », est à 80 km.

« Goûtez-moi cette tomate! », s’exclame M. Vermon, tendant un fruit encore chaud, cueilli dans la matinée. « Pas le temps de les mettre au frigo avec nous », plaisante-t-il.

Et ça marche: outre le chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros, soit « deux fois plus qu’attendu », 28 emplois à temps-plein ont été crées, « non délocalisables ». Plus de 250 clients, des environs mais aussi de Lille voire de Belgique, fréquentent quotidiennement le magasin, dont certains sont déjà des habitués.

« Habitant à côté, je viens régulièrement pour la qualité et la fraîcheur de leurs produits. Et si en plus je peux aider des agriculteurs locaux… », déclare Myriam Catteau, son panier rempli de légumes et de jus de pomme artisanal.

Tous les clients adoptent en effet une démarche militante pour soutenir des producteurs ayant osé le pari risqué de l’indépendance. Malgré la disparition des intermédiaires, les prix restent similaires à ceux de la grande distribution.

« Nous, on fixe le prix de vente par rapport à notre prix de revient », précise Mme Lambin. « On veut juste gagner correctement notre vie pour l’investissement qu’on y consacre ».

Tous arrivent à présent à vivre de leur métier, écoulant leurs denrées en vente directe puis à « Talents de fermes ». S’ils produisent toujours autant en quantité, les exploitants ont diversifié leurs productions, contrairement à la grande distribution qui leur demandait de se spécialiser sur un ou deux produits.

Avec près de 70 heures d’activité par semaine, partagées entre le temps sur l’exploitation, la quinzaine d’heures de permanence dans le magasin ou encore les réunions hebdomadaires, la charge de travail est lourde.

« On ne compte plus! », s’amuse Pascale Baron, productrice de produits laitiers qui explique que tous ont dû apprendre à gérer un magasin, sa communication ou l’échange direct avec les clients.

« Notre motivation, on la trouve dans la satisfaction des clients quand on leur prodigue des conseils ou des idées de recettes par exemple, ce qu’ils ne trouveront pas en grande surface », indique Mme Ruhant.

« On sait pourquoi on se lève le matin, on est fiers d’avoir monté ce projet », conclut-elle, les yeux pétillants. 250 autres points de vente de ce type existent dans l’Hexagone.

© AFP

talents de fermes wambrechies

Eric Lesage, travailleur indépendant en expérimentation sur les échanges entre producteurs locaux et consommateurs sur internet. Expert web & e-commerce depuis 2001, animateur d'un drive de produits fermiers dans le Nord (59) et créateur de la plateforme collaborative drive-fermiers.fr au service des consommateurs et au service de la réussite des projets internet des producteurs locaux.

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